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Protocole de Stanish et tendinopathie : que faut-il en garder en 2026 ?

En cabinet, il n’est pas rare qu’un patient sportif douloureux du tendon d’Achille ou du coude annonce avoir déjà « commencé le Stanish » avant la première consultation. Côté prescripteurs, ce protocole reste, quarante ans après sa description, une référence quasi automatique dans le traitement des tendinopathies. Dans un éditorial publié en 2026 dans Kinésithérapie, la Revue, Lhermet et al. reviennent sur l’histoire de ce protocole pour interroger sa pertinence actuelle [1]. Correspond-il encore aux données actuelles de la recherche ? Entre cryothérapie, étirements systématiques et travail excentrique isolé, le protocole originel mérite d’être reconsidéré à la lumière de ce que la science nous apprend aujourd’hui.

Un protocole né dans un autre paradigme

Décrit en 1984 par le chirurgien canadien William Stanish et la physiothérapeute Sandra Curwin dans l’ouvrage Tendinitis: its etiology and treatment [2], ce protocole associait renforcement excentrique progressif, cryothérapie et étirements encadrant systématiquement l’exercice. À l’époque, la « tendinite » était considérée comme une pathologie principalement inflammatoire. Ce terme a depuis été abandonné au profit de « tendinopathie » [3,4], l’inflammation n’étant plus retenue comme le mécanisme central des douleurs tendineuses chroniques. Le modèle du continuum décrit par Cook et Purdam a par ailleurs profondément renouvelé la compréhension clinique de ces pathologies [5].

 

💡 Point clé

Le protocole de Stanish reste un jalon historique : c’est lui qui a introduit l’idée d’un traitement actif des tendinopathies. Mais son contenu précis (froid + étirements + excentrique isolé) ne correspond plus aux données actuelles.

Ce que dit la littérature actuelle

La cryothérapie systématique, censée limiter l’inflammation, pourrait au contraire perturber les processus de revascularisation et de régénération tissulaire ; une revue critique récente invite à la prudence sur son usage répété, en dehors de la phase aiguë [6]. Les étirements, quant à eux, n’ont pas démontré d’efficacité constante : leur intérêt dépend de la localisation de la tendinopathie (corporéale versus insertionnelle) et du contexte clinique, notamment en cas de flexion dorsale de cheville limitée [7].

Le renforcement, pilier historique du protocole, ne se limite plus au mode excentrique isolé. Les contractions isométriques longues ont d’abord été proposées pour leur effet antalgique [8], mais des travaux plus récents nuancent cet effet immédiat [9]. Les protocoles combinant travail lourd et lent (Heavy Slow Resistance) ont montré une efficacité comparable au travail excentrique seul pour les tendinopathies patellaire et achilléenne [10]. Les recommandations de bonne pratique actuelles convergent : c’est la mise en charge progressive et individualisée du tendon qui prime, plus que le type de contraction utilisé [11].

Élément du protocole Approche 1984 Approche actuelle
Froid Systématique avant/après exercice Non systématique, prudence sur l’usage répété
Étirements Systématiques Selon type de tendinopathie et contexte clinique
Mode de contraction Excentrique isolé Varié : isométrique, HSR, excentrique selon le stade
Dosage de la charge Douleur = signal d’arrêt Douleur = outil de monitoring, pas d’exclusion

Implications cliniques

  • Ne plus prescrire glace et étirements de façon systématique : évaluer d’abord le type de tendinopathie et le contexte clinique.
  • Diversifier les modes de contraction (isométrique, concentrique, excentrique, pliométrique) selon le stade et la tolérance du patient, plutôt qu’imposer un protocole excentrique unique.
  • Utiliser la douleur comme outil de dosage de la charge (échelle numérique en fin de série), sans viser l’absence totale de douleur ni la « douleur thérapeutique » systématique.
  • Prévoir d’emblée un traitement long (généralement supérieur à 12 semaines) et l’expliquer au patient pour éviter le découragement face à une amélioration lente.
  • Individualiser le programme selon l’activité sportive ou professionnelle du patient, à partir d’une évaluation clinique rigoureuse plutôt que d’une recette standardisée.

Conclusion

Le protocole de Stanish demeure un jalon historique : il a posé les bases d’un traitement actif des tendinopathies fondé sur la mise en charge progressive du tendon. Mais quarante ans de recherche invitent à s’en détacher comme approche unique et figée. Le traitement actuel se veut individualisé, guidé par la douleur et adapté au contexte du patient — pas calqué sur un protocole standardisé.

 

💡 Pour aller plus loin

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Références

  1. Lhermet S, Demangeot Y, Gremeaux V. Le protocole de Stanish : toujours d’actualité ? Kinesither Rev. 2026. doi:10.1016/j.kine.2026.05.007
  2. Curwin S, Stanish WD. Tendinitis: its etiology and treatment. The Collamore Press; 1984.
  3. Khan KM, Cook JL, Kannus P, Maffulli N, Bonar SF. Time to abandon the “tendinitis” myth. BMJ. 2002;324:626-7. doi:10.1136/bmj.324.7338.626
  4. Scott A, Squier K, Alfredson H, et al. ICON 2019: International scientific tendinopathy symposium consensus: clinical terminology. Br J Sports Med. 2020;54:260-2. doi:10.1136/bjsports-2019-100885
  5. Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43:409-16. doi:10.1136/bjsm.2008.051193
  6. Racinais S, Dablainville V, Rousse Y, et al. Cryotherapy for treating soft tissue injuries in sport medicine: a critical review. Br J Sports Med. 2024;58:1215-23. doi:10.1136/bjsports-2024-108304
  7. Pringels L, Capelleman R, Van den Abeele A, et al. Effectiveness of reducing tendon compression in the rehabilitation of insertional Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2025;59:640-50. doi:10.1136/bjsports-2024-109138
  8. Rio E, Kidgell D, Purdam C, et al. Isometric exercise induces analgesia and reduces inhibition in patellar tendinopathy. Br J Sports Med. 2015;49:1277-83. doi:10.1136/bjsports-2014-094386
  9. Van Der Vlist AC, Van Veldhoven PLJ, Van Oosterom RF, Verhaar JAN, De Vos RJ. Isometric exercises do not provide immediate pain relief in Achilles tendinopathy. Scand J Med Sci Sports. 2020;30:1712-21. doi:10.1111/sms.13728
  10. Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjær B, Øhlenschlæger T, Kjær M, Magnusson SP. Heavy slow resistance versus eccentric training as treatment for Achilles tendinopathy. Am J Sports Med. 2015;43:1704-11. doi:10.1177/0363546515584760
  11. De Vos RJ, Van Der Vlist AC, Zwerver J, et al. Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55:1125-34. doi:10.1136/bjsports-2020-103867
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Thierry Blain

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