Et si la fatigue du sportif ne venait pas seulement du muscle ?
Quand l’énergie chute, que le “mur” arrive trop tôt ou que la récupération traîne, le foie joue souvent un rôle discret mais central.
Comprendre le cycle de Cori, c’est commencer à lire autrement les signaux du corps à l’effort.
Quand un sportif bien entraîné s’épuise trop tôt, est-ce toujours le muscle qui lâche en premier ?
C’est souvent le premier réflexe. Pourtant, la physiologie montre que le muscle dépend en permanence d’un organe central : le foie. sans apport énergétique stable, même un muscle très entraîné voit sa performance chuter.
Le foie maintient la glycémie pendant l’effort grâce à deux mécanismes complémentaires :
- la libération de glucose à partir du glycogène hépatique
- et la production de nouveau glucose par néoglucogenèse. Cette régulation protège le cerveau et soutient le muscle. lorsque ce système devient limitant, la fatigue apparaît parfois avant toute défaillance musculaire franche.
Pourquoi certains sportifs décrivent-ils un “mur” brutal, reproductible, toujours au même moment ?

Ce caractère répétitif n’est pas anodin. Il raconte souvent une histoire métabolique.
Les réserves de glycogène du foie sont limitées. Lorsque l’effort se prolonge ou que le timing alimentaire est inadapté, ces réserves diminuent. Le foie peine alors à maintenir la glycémie. Le sportif peut ressentir une fatigue centrale, un brouillard mental, parfois des nausées ou une baisse nette de motivation. Ce tableau précède parfois la fatigue musculaire périphérique.
Le lactate est-il un problème à éliminer ou une ressource à comprendre ?
Le mot “lactate” reste chargé de représentations négatives, y compris chez certains soignants.
Le lactate n’est pas un déchet. Il est un intermédiaire énergétique majeur. Produit par le muscle lors des efforts intenses, il circule dans le sang et peut être capté par le foie. Celui-ci le transforme en glucose via le cycle de Cori. Ce glucose peut ensuite retourner vers les muscles actifs. Le foie joue ici un rôle de recyclage énergétique essentiel, notamment lors des efforts intermittents ou prolongés.
Que se passe-t-il quand la charge métabolique devient trop importante pour le foie ?
Certains sportifs décrivent une intolérance à l’effort intense plus qu’une simple fatigue musculaire.
Lorsque la production de lactate est très élevée, associée à un stress important et à une redistribution du débit sanguin, le foie doit gérer simultanément plusieurs contraintes métaboliques. Cela peut se traduire par des symptômes digestifs, une sensation de malaise ou une récupération lente. Il ne s’agit pas d’une pathologie hépatique, mais d’une surcharge fonctionnelle transitoire.
Dans votre interrogatoire, vous intéressez-vous davantage à ce que mange le sportif… ou au moment où il mange ?
Le détail temporel est souvent plus parlant que la quantité.
Le foie est très sensible au timing des apports. une séance longue à distance du dernier repas, un entraînement à jeun répété ou des doubles séances mal espacées peuvent épuiser les réserves hépatiques. Chez certains sportifs, ajuster le moment des apports énergétiques modifie profondément la tolérance à l’effort et la récupération.

Quels signes simples peuvent vous orienter vers une dimension hépatométabolique ?
Sans examens complémentaires, l’écoute reste l’outil principal.
Plusieurs éléments doivent attirer l’attention : mur énergétique précoce et reproductible, dépendance forte au timing des repas, troubles digestifs associés à l’effort, récupération anormalement lente, sensations de malaise ou de “vide”. Ces signes ne posent pas un diagnostic, mais orientent le raisonnement clinique vers le métabolisme énergétique.
Quelle est la place réelle du kinésithérapeute dans cette compréhension du foie ?
Le rôle du kinésithérapeute est d’intégrer la physiologie dans le raisonnement clinique : relier sensations, charge d’entraînement, récupération et respiration. Il peut éduquer le sportif à mieux lire ses signaux corporels, ajuster la progressivité et repérer les situations qui nécessitent une orientation médicale.
Quand faut-il s’arrêter et orienter médicalement ?
Toute fatigue inhabituelle associée à des signes généraux, une douleur persistante de l’hypochondre droit, un ictère, une fièvre ou un amaigrissement inexpliqué impose une orientation médicale. Le travail kinésithérapique ne se substitue jamais à l’exploration médicale.
Le foie n’est pas un organe secondaire chez le sportif. Il conditionne l’accès à l’énergie, la tolérance à l’effort et la récupération. Pour le kinésithérapeute formé, comprendre ce rôle permet d’affiner l’entretien, de mieux interpréter les plaintes et de donner du sens aux ajustements proposés.

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Sources :
Gonzalez JT et al. Sports medicine, 2019. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.
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Brooks GA. Journal of physiology, 2020. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.
Ørtenblad N, Westerblad H. American journal of physiology – endocrinology and metabolism, 2016. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.
Petersen MC, Shulman GI. Physiological reviews, 2018–2023 (revue sur la production hépatique de glucose à l’effort).
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.

















