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Intégrer le travail de l’acuité visuelle dynamique (AVD) dans la prise en charge des sportifs

Intégrer le travail de l’acuité visuelle dynamique (AVD) dans la prise en charge des sportifs

L’acuité visuelle dynamique est souvent très peu connue des kinésithérapeutes.

Déjà utilisée par les kinésithérapeutes spécialisés en rééducation vestibulaire elle est également très utile dans la prise en charge des patients sportifs.

Des études ont montré que 90 % de l’information transmise au cerveau est visuelle et les sportifs de haut niveau

AVD sport auto

ont une AVD supérieure aux sportifs amateurs.

De nombreux professionnels de santé ou coachs sportifs l’utilisent déjà. Des orthoptistes travaillent auprès d’équipes sportives pour l’entraînement visuel que ce soit en rugby, basketball, conduite automobile, baseball…, on voit même émerger des centres dédiés à l’amélioration des performances visuelles.

Sans se substituer à l’ophtalmologiste ou à l’orthoptiste qui feront un bilan sensori-moteur au préalable, je souhaite par cet article vous permettre d’intégrer le travail de l’AVD très facilement avec vos patients.

 

Qu’est-ce que l’AVD ?

 

Rappelons que l’acuité visuelle est la capacité de discrimination entre deux points à contraste maximum. On la mesure de près et de loin, œil par œil au moyen d’échelles de mesures.

L’AVD, quant à elle, évalue la capacité à stabiliser une image sur la rétine quand la tête est en mouvement, elle évalue donc le réflexe vestibulo-oculaire (RVO).

C’est une mesure fonctionnelle et c’est celle qui nous intéresse en rééducation.

Pourquoi travailler cette AVD ?

 

  • Elle est fonctionnelle. Le sportif peut avoir une bonne acuité visuelle statique, ce qui va être important sur le terrain ce sera sa capacité à stabiliser l’image le plus rapidement possible sur sa rétine pour traiter l’information le plus rapidement possible.
  • Elle optimise la performance sportive

De nombreux articles montrent :

  • Une amélioration des temps de réaction :

AVD ping pong

le temps de réaction est défini comme le temps qui s’écoule entre la réception d’une information (visuelle, auditive, tactile) et la réaction qui lui est donnée. C’est l’habileté à répondre rapidement à un stimulus. Le temps de réaction d’une personne devant réaliser une tâche motrice simple est d’environ 235 ms [INS du Québec].

Or, on observe que chez les pongistes ou les sprinteurs que ce temps de réaction se rapproche des 100 ms, seuil en-dessous duquel un faux départ est déclaré en sprint. Bien que le temps de réaction soit fortement héréditaire, les études ont montré que par l’entraînement visuel il pouvait être amélioré. Le temps de réaction permet de faire la différence entre un bon athlète et un excellent athlète, il permet également d’éviter des blessures par des stratégies d’évitement ou de corrections rapides d’une mauvaise posture [Frechaud A., Touati N., 2020]. Les exercices pour améliorer l’AVD permettent de travailler et améliorer ces temps de réaction.

 

  • Une augmentation du champ visuel périphérique :

AVD basketteurLe champ visuel périphérique permet la détection des mouvements, l’analyse de contours, il a un rôle d’alerte. La vision périphérique permet de traiter jusqu’à 100 images par seconde contre 3 ou 4 pour la vision centrale.

Il est très important pour les sportifs, notamment dans les sports collectifs, de pouvoir porter son attention à un autre endroit que son point de fixation [Posner, 1980]. Le basketteur, par exemple, pourra regarder sa cible tout en percevant les déplacements des joueurs.

Il pourra fixer l’adversaire tout en effectuant une passe latérale. L’amélioration du champ visuel périphérique permet donc une meilleure anticipation des actions, permet de feinter un adversaire. Des études ont montré que les sportifs de haut-niveau, quel que soit le sport pratiqué, déplacent peu leur regard et l’information pertinente est traitée en vision périphérique.

 

  • Une amélioration de la coordination œil -main :

AVD Football

Tous les mouvements de la main dirigés vers un but, une cible, sont précédés par des mouvements oculaires rapides appelés saccades. Ces saccades permettent d’amener l’objet d’attention au centre de la rétine (fovéa), zone de la vision des couleurs, de la précision des formes, de la vision diurne. Ces saccades peuvent atteindre une vitesse de 1000°/sec, ce sont les mouvements oculaires les plus rapides. Lors d’une tâche de pointage par exemple, quand le stimulus arrive au niveau de la rétine périphérique une saccade oculaire se déclenche en moyenne 250 ms après apparition de la cible puis 100 ms après on observe le mouvement du bras. Les yeux démarrent vers la cible avant le bras.

L’amélioration de cette coordination passe par une amélioration du temps de réaction, une meilleure détection dans le champ visuel périphérique, une amélioration de la précision de la trajectoire. Dans les sports collectifs où notamment pour les gardiens de but il est très important de travailler très tôt cette coordination. L’AVD fait travailler les saccades oculaires et donc participe à l’amélioration de cette coordination. Nous pouvons parler également de la coordination œil-pied, qui repose sur le même principe, davantage utilisé en football ou en athlétisme.

 

Elle évite des accidents sportifs en favorisant une meilleure anticipation des actions à venir. Une baisse des commotions cérébrales a été observée chez des footballeurs américains ayant suivi un entraînement visuel. (1)

Elle permet de récupérer une bonne stabilisation des images après un traumatisme crânien ou une commotion cérébrale. Les symptômes visuels ou dysfonctions oculomotrices sont souvent associés aux commotions cérébrales. Environ 50 % des circuits neuronaux du cerveau sont impliqués dans la vision ou le contrôle des yeux. (2)

 

 

Comment travaille-t-on l’AVD ?

 

Je ne vais pas parler ici des logiciels de mesure d’AVD mais vous proposer ici des exercices pouvant être mis en place dès demain dans votre cabinet.

 

Bilan initial 

 

Notre bilan va nous servir comme point de départ afin de déterminer s’il est nécessaire chez un patient de travailler plus spécifiquement l’AVD et de chiffrer

Test de Snellen sa progression.

 

Pour le bilan il vous faudra une échelle d’acuité visuelle.

  1. Vous pouvez en trouver gratuitement en PDF à imprimer
  2. Vous pouvez en acheter pour environ 20 euros
  3. Vous pouvez en demander à votre opticien.

 

On commence par mesurer l’acuité visuelle statique binoculaire. Ici il s’agit d’avoir une valeur de référence de départ. Ce n’est pas un examen ophtalmologique donc il n’est pas nécessaire de placer l’échelle à 5 m, d’avoir le bon angle, le bon éclairage, il suffit de conserver les mêmes caractéristiques entre les différents bilans pour pouvoir les comparer entre eux.

Puis, pour mesurer l’AVD on demande au patient de bouger la tête de droite à gauche à raison de 2 rotations par seconde, ce qui correspond à une vitesse de 150°/sec. [Leigh and Zee, 2015]

Si une différence de 2 lignes où plus d’optotypes sont observés, le RVO est déficitaire et une rééducation semble nécessaire. (3)

(NB : On peut également le faire de façon passive : l’examinateur dans ce cas bouge la tête du sujet)

 

Exercices :

 

Trampoline Trampoline : le sujet saute sur le trampoline et doit lire les lettres ou le texte affiché devant lui avec la possibilité de projeter un texte sur le mur ou bien faire sauter le patient face à l’échelle d’optotypes.

On peut également varier les hauteurs d’affichage. Il est intéressant pour un botteur, un sauteur en longueur d’alterner des mouvements visuels vers le haut et le bas afin de travailler les saccades verticales.

Pour travailler les saccades horizontales on peut projeter de façon aléatoire des optotypes à droite et gauche.

AVD article

Tapis de course : on affiche un texte ou des lettres face au sujet qui marche ou court sur le tapis de course. On commence à 3 Km/h , puis 6Km/h et enfin 9Km/h.

Ballon ou balle avec des lettres collées dessus : on lance la balle au patient qui doit lire un maximum de lettres. On peut faire varier les couleurs ou les tailles des lettres.

On peut le faire également avec un petit sac de sable : 6 lettres par face. (4)

Déchiffrer les plaques d’immatriculation des voitures qui arrivent en face quand on est passager. C’est un exercice que l’on peut facilement recommander à nos patients en dehors des séances.

 

Conclusion :

 

Très facile à mettre en place rapidement avec vos patients sportifs, n’hésitez pas à travailler leurs systèmes visuels conjointement à votre prise en charge habituelle.

Si vous souhaitez aller plus loin il existe désormais de nombreux logiciels pour non seulement mesurer l’AVD, mais également l’entraîner. La réalité virtuelle, les lunettes stroboscopiques sont des nouveaux outils qui permettent d’accroître les performances visuelles.

 

Notes et références

(1) https://www.ovpjournal.org/uploads/2/3/8/9/23898265/3-2-3.pdf

(2) « Problèmes de visions après une commotion cérébrale quoi faire ? » Langis Michaud

(3) « l’acuité visuelle dynamique » Cynthia Lions

(4) livre : “The athletic eye” de Seiderman A.et Schneider S.


Anne-Emilie Cayre-Castel

Anne-Emilie Cayre-Castel

Masseur-kinésithérapeute DE (école de Vichy).

Orthoptiste DE

Master 1 STAPS

Formation vestibulaire.

Formation viscérale.

Ancienne athlète de haut niveau : sprint , saut en longueur.

1 réflexion sur “Intégrer le travail de l’acuité visuelle dynamique (AVD) dans la prise en charge des sportifs”

  1. Intéressant d’avoir un autre regard ( sans jeu de mots ! ) sur la perception visuelle optimale en mouvement du sportif ou pourquoi pas de la personne âgée pour prévenir les chutes…

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