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Surveillez votre taux d'iode autour des grossesses

Surveillez votre taux d’iode autour des grossesses !

Par Elsa JOUENNE

Savez-vous qu’il est indispensable de faire mesurer votre taux d’iode en période périnatale ? Malheureusement cet indicateur ne fait pas encore partie des dosages classiques. Et pourtant il est fondamental !

Mais si je mange équilibré ?

L’iode dans notre alimentation provient principalement des produits de la mer (dont les femmes enceintes réduisent leur consommation en raison de la pollution marine !), des produits
laitiers (à cause de l’iode utilisé pour désinfecter les pis au moment de la traite… donc difficile de savoir combien d’iode vous apporte votre yaourt), dans le sel iodé (mais on ne peut pas en abuser).

On a donc de fortes chances d’en manquer.

Surveillez votre taux d'iode autour des grossessesLes conseils les plus basiques en micronutrition nous poussent à utiliser les produits les plus bruts possibles, ce qui écarte la possibilité de bénéficier des apports en iode par les suppléments dans les produits transformés, comme le sel de table raffiné. En cas de besoin on choisira plutôt de consommer un complément alimentaire dont on connaît le dosage et la formulation, soit avec de l’iode pur, soit avec d’autres micronutriments en fonction des besoins particuliers qu’on aura évalués.

L’iode en complément n’est pas contre-indiqué chez la femme enceinte et allaitante, mais ne doit pas être administré seul en cas de déficit en sélénium sous peine de créer un stress oxydatif. On prêtera aussi attention aux compléments formulés avec de la phytothérapie, qui est généralement contre-indiquée chez la femme enceinte et allaitante.

Pourquoi une attention particulière lors de la grossesse ?

 

Les besoins en iode augmentent de plus de 50% lors de la grossesse, car la construction des tissus nerveux et particulièrement du cerveau du bébé en consomment beaucoup. Une carence en iode pendant la grossesse peut donc se

Surveillez votre taux d'iode autour des grossesses

 traduire chez l’enfant par une baisse de QI de 10 points en moyenne (le tristement célèbre “crétinisme” au sens médical du terme, qui touchait les enfants des zones éloignées des littoraux, et qui a été combattu par l’ajout systématique d’iode dans le sel et d’autres aliments transformés) ; des troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et des troubles du spectre autistique (TDAH/TSA) ; mais aussi des problèmes cutanés (eczéma, coûtes de lait), une énurésie tardive due à un sommeil très profond voire de la somnolence. Et ces troubles, puisque acquis dans la construction cérébrale fœtale sont irréversibles !

On voit bien avec ces quelques exemples que ce sont des pathologies non transmissibles, qui font partie de ces troubles dont la fréquence augmente, et qui sont toujours plurifactoriels, ce qui les rend d’autant plus difficiles à combattre.

C’est aussi l’occasion de rappeler à quel point la période périnatale dite des « 1000 jours » : de la conception aux 2 ans de l’enfant, est sensible, car les mécanismes de la santé qui se jouent lors
de cette période influencent toute la vie de l’individu.

Si bébé va bien, c’est que tout va bien ?

 

Surveillez votre taux d'iode autour des grossessesChez la mère, l’épuisement des ressources en iode au profit de son bébé peut aboutir à des troubles du fonctionnement thyroïdien après la grossesse, avec des symptômes très gênants et pourtant très difficiles à mettre en relief dans la période post-partum : prise de poids, perte des cheveux, fatigue, frilosité, fourmillements, peau sèche, poches sous les yeux…

Ce sont des symptômes qu’on met facilement sur le compte d’une carence en fer, de la fatigue accumulée, ou tout simplement de la tempête hormonale qui suit l’accouchement.

L’éventail de ces symptômes, et le contexte de maternité doivent nous faire penser à vérifier l’iode (ainsi que tous les micronutriments impliqués dans la fonction thyroïdienne !)

 

 

Comment contrôler son taux d’iode ?

N’hésitez pas, donc, à faire doser votre iode urinaire dans les premières urines du matin (ou urines totales de 24h, un peu plus contraignant) en laboratoire spécialisé, si vous souhaitez être
enceinte, si vous l’êtes déjà ou l’avez été sans vous complémenter. Ce dosage ne nécessite pas de prescription médicale puisqu’il n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Il coûte une vingtaine
d’euros et peut être pris en charge par votre mutuelle sur présentation d’une facture.

L’iodurie doit être autour de 150 µg/L pour la population générale, 200µg/L chez la femme enceinte et allaitante.

Il est important de faire doser aussi le sélénium sanguin car si vous devez prendre un complément en iode, votre taux de sélénium doit être optimal (autour de 120µg/L).

Comment augmenter mes apports en iode pendant la grossesse ?

Surveillez votre taux d'iode autour des grossessesLes compléments multivitaminés de grossesse bien formulés contiennent en général environ 150µg d’iode et 50µg de sélénium. Mais attention, cela ne vous convient pas forcément car ils contiennent aussi d’autres suppléments. Et si votre taux est excessivement bas cela ne suffira pas.

L’excès d’iode en complémentation sur le long terme peut également représenter un risque pour la fonction thyroïdienne, donc prenez soin d’être accompagnée par un praticien en micronutrition, formé à la pratique en périnatalité et/ou l’hormonologie pour vous faire conseiller un complément si vos résultats ne sont pas optimaux.

 

Côté assiette, la femme enceinte, allaitante et même en désir de grossesse doit prêter une attention particulière aux points suivants :

– Les poissons gras sont très pollués aux métaux lourds qui sont dangereux pour la santé de l’enfant à venir. On recommande donc de limiter leur consommation à 1 portion par semaine, ce qui mécaniquement limite les apports en iode (et en oméga 3 !)
– Les femmes végétariennes ou végétaliennes sont souvent carencées en iode par défaut d’apports de poissons, fruits de mer et produits laitiers. Elles doivent donc y être particulièrement vigilantes. Elles peuvent consommer des algues, qui sont très riches en iode, mais les apports varient fortement selon le lieu de culture et l’information n’apparaît pas sur les paquets, ce qui rend l’équilibre alimentaire difficile à atteindre par cette voie.
– Certains aliments dits « goitrigènes » sont susceptibles d’impacter le taux d’iode chez un patient qui en manquerait déjà. Parmi ces aliments, on trouve la famille des « crucifères » comme les choux ou les brocolis, mais aussi le soja. Ces aliments sont par ailleurs largement recommandés chez les patientes souhaitant moduler leur imprégnation oestrogénique lors d’un déséquilibre oestroprogestatif (ce qui peut arriver chez es femmes en désir de grossesse ayant des difficultés à concevoir à cause de ce déséquilibre hormonal), et sont très consommés par les végétariens. Il est donc d’autant plus important de s’assurer de son bon statut en iode dans ces situations.

Si j’ai déjà un traitement pour ma thyroïde, ai-je besoin de prendre de l’iode ?

Les patientes atteintes d’hypothyroïdie (maladie auto-immune, ablation de la thyroïde ou simple diagnostic d’hypothyroïdie) sont en général traitées avec des hormones thyroïdiennes qu’on
appelle T4. Ce qui permet de pallier l’insuffisance ou l’absence de production naturelle par la thyroïde. Mais attention un bon taux de T4 n’est pas synonyme de bon fonctionnement thyroïdien,
puisque cette hormone doit se transformer en hormone T3 active pour avoir un effet sur ses cellules-cibles. Autrement dit, vous pouvez rester en situation d’hypothyroïdie clinique même avec un supplément médicamenteux en T4 et une TSH normalisée. Quand on sait que l’hypothyroïdie est une cause majeure d’hypofertilité et de fausses couches, on a tout intérêt à bien se prendre en charge quand on envisage de concevoir.

Même si la patiente utilise moins son iode puisqu’elle n’a plus besoin de fabriquer sa T4 (apportée par le médicament), elle peut toujours en manquer, avec les mêmes implications pour son
bébé à venir. Donc la logique reste la même, même quand on est sous traitement (cependant les besoins étant plus faibles, la complémentation pourra être moindre dans ces cas là.)

Vous l’avez compris, il y a des solides et nombreux arguments pour viser une optimisation des taux d’iode chez les femmes autour de la grossesse. Mais en plus, même si on a coutume de dire
que l’iode chez l’adulte ne sert qu’à la fonction thyroïdienne, il se pourrait qu’elle remplisse d’autres rôles comme une puissante action anti-oxydante, protectrice face au risque de cancer… On
continuera probablement de découvrir son action en continuant à l’étudier, et en respectant au mieux la physiologie pour permettre au corps de nos patientes de fonctionner le mieux possible, pour leur propre santé et celle des générations à venir !

Ecouter le podcast :

 


 

elsa Jouenne
elsa Jouenne

Titulaire d’un DE de masseur-kinésithérapeute de l’IFMK Strasbourg depuis 2007, Elsa JOUENNE est passionnée par de nombreuses techniques en lien avec la parentalité :

– Haptonomie
– Yoga prénatal
– Méthode Bonapace de préparation à l’accouchement
– Méthode De Gasquet pour l’accouchement, la rééducation périnéale et abdominale
– Maternage, portage en écharpe, allaitement maternel
– Motricité libre
– Pédagogie Montessori
– Langue des signes pour bébé, diversification menée par l’enfant.

En 2018/2019 elle ajoute à ses nombreuses formations un  DU micronutrition de la faculté de pharmacie de Strasbourg

Elle enseigne au sein de kiné-formations la Formation nutrition nourrissons et plusieurs E-learning.

 

 

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